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L’HYPNOSE UN ACTE DE SANTÉ ?

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L’HYPNOSE UN ACTE DE SANTÉ ?

J’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises des patients ayant reçu des soins hypnotiques et j’ai pu vérifier le bien-être qui en est résulté à différents niveaux de la personne.

En ce début d’année 2019 le SAMU de Lyon se présente comme pionnier de l’hypnose pour les enfants (Quotidien du médecin 17 janvier 2019 n°9716 p.7).

Toujours intrigué et interrogatif quant aux méthodes utilisées, j’ai pensé utile d’interroger un ami spécialiste que j’ai pu voir officier efficacement avec des enfants comme des adultes.

Vous êtes spécialiste de l’hypnose, comment faut-il vous appeler : hypnothérapeute, hypno-spécialiste ou autrement ?

Hypnothérapeute est l’usage courant pour toutes les personnes qui procurent des soins en utilisant les techniques hypnotiques. Alors qu’hypnotiseur est d’usage dans le music-hall, le spectacle vivant.  Bien que les techniques soient identiques à l’hypnose dite Chertockienne, l’objectif est dans ce cas le divertissement.

Comment êtes-vous arrivé à ce métier ?

Adolescent, je lisais une bande dessinée qui s’appelait « Mandrake ». Elle mettait en scène un magicien de music-hall qui, par des passes magiques, hypnotisait des foules. Il aidait aussi la police à lutter contre toutes les formes de délinquance par ses pouvoirs magiques.

Plus tard, en 1986, j’ai rencontré le docteur Alain DELBOS, médecin anesthésiste-réanimateur. Il pratiquait l’hypnose avec succès au cours d’interventions d’appendicectomies.

Il n’existait alors aucun centre de formation en France.

Il m’a fourni des documents de références que j’ai pu utiliser in vivo. A cette époque je travaillais au Club Méditerranée et beaucoup de personnes étaient intéressées par l’expérimentation des techniques hypnotiques.

Bien que mon parcours professionnel se dirigeât vers le théâtre, le cinéma, la mise en scène, mon attrait pour la psychologie, l’hypnose, restait intact. Je formais alors des médecins psychiatres aux techniques hypnotiques et intervenait régulièrement à l’école des infirmiers de la fondation du Bon Sauveur, l’hôpital psychiatrique d’Albi.

Sous l’impulsion de psychiatres les Docteurs Marc Passamar et Bernard Vilamot, j’ai ouvert alors un cabinet d’hypnothérapie.

L’hypnose, c’est quoi ?

Le mot « hypnose » développe trois champs :

1.Un état particulier de la conscience, 2. Les techniques employées pour induire cet état et 3. Les outils thérapeutiques utilisés dans le champ des Thérapies cognitivo-comportementales (TCC).

Lors d’un EEG (électro-encéphalogramme) qui mesure l’activité électrique du cerveau, nous remarquons que  l’état d’hypnose se caractérise par les ondes faibles de 4 à 7Hz. Ces ondes, dites Thêta, correspondent à la phase du sommeil léger. Elles contiennent les mémoires et les sensations, elles gouvernent nos attitudes, croyances et comportements.

Les techniques utilisées pour induire cet état conjuguent, à partir d’un état de relaxation (ondes Alpha, de 8 à 13Hz) une forte concentration mentale et l’écoute de suggestions répétées et insistantes.

En définitive, l’hypnose n’est pas « d’endormir » quelqu’un, mais à partir d’un état de relaxation, « l’empêcher » de s’endormir. L’aider à se maintenir entre la veille et le sommeil.

Ce que l’école ericksonienne appelle un état intermédiaire.

N’est-ce pas dangereux puisque le spécialiste peut manipuler la personne dans le sens qu’il veut ?

Aucune étude ne montre une action contre nature sous un état hypnotique

La plupart de grands manipulateurs n’ont pas besoin d’hypnose pour exercer leurs actions préjudiciables à leurs victimes (exemple : suicide collectif, temple solaire, tous les exécutants du nazisme…)

C’est un faux procès que l’on retrouve dans la littérature et les œuvres de fiction à la télé ou au cinéma. (exemples : du Docteur Mabuse de Fritz Lang (1932) à Zelig de Woody Allen (1983), en passant par le Livre de la jungle (avec le serpent Kaa et son célèbre chant « aie confiance… »)

L’hypnothérapeute se doit de suivre une déontologie, une éthique. Il s’agit du fondement de tout acte thérapeutique. Il possède pour référence Bernheim, Charcot, ou plus récemment : Milton Erickson, Léon Chertock…

L’hypnothérapeute est un guide dans le soin d’un patient. Il aide le patient à trouver les clefs pour résoudre tels ou tels problèmes. C’est le patient qui choisit, qui découvre en lui certaines ressources qu’il ignorait jusque-là.

L’hypnothérapeute doit ressentir et percevoir finement les sensations qu’éprouve son patient.

Sa principale qualité est une forte empathie envers son patient.

Quelles sont les indications de l’hypnose ?

L’hypnose étant un outil de TCC (Thérapies cognitivo-comportementales), toutes les maladies mentales pour lesquelles l’efficacité des TCC est attestée figurent dans la nosographie de l’INSERM :

l’agoraphobie, les attaques de panique, les troubles anxieux, les phobies sociales, le syndrome de stress post-traumatique, les obsessions-compulsions, les dépressions ambulatoires d’intensité moyenne, du sujet âgé et hospitalisé, la prévention du suicide, le trouble de la personnalité borderline, le syndrome de fatigue chronique, l’insomnie,  Alcoolisme / Toxicomaniesla boulimie

L’hypnose repose sur la prise de conscience du moment présent. Les sources des anxiétés, angoisses ne se trouvent jamais dans le présent. Soit elles sont inconnues, et donc génèrent la peur de les découvrir dans le futur, soit elles sont connues (par le passé) et nous trouvons la peur de les retrouver (dans le futur).

Dans un état hypnotique, nous pouvons ressentir plus finement le moment présent. Dans ce ressenti, un sentiment immédiat de paix prend place. Il suffit alors d’ancrer par la répétition (comme un comédien répète une scène pour construire un personnage) ces sensations. Une fois fortement mémorisées, ces images viendront aider le patient dans la maîtrise des émotions négatives qui peuvent à un moment surgir.

Dans la définition de la santé de l’OMS, « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité », nous trouvons l’idée de bien-être.

L’hypnose sert de guide, de maîtrise  et du maintien du bien-être.

Donc vous pouvez aider à supporter les souffrances psychiques ? Avez-vous des exemples ?

J’ai eu récemment un patient qui souffrait de claustrophobie à un tel point qu’il ne pouvait plus conduire sa voiture sur une autoroute. Il utilisait toujours l’évitement de cette situation pour ne pas ressentir ses angoisses. Sa situation professionnelle évolua et il fut obligé de conduire régulièrement sur des autoroutes.

Nous avons créé, sous hypnose, une forte image liée à un sentiment de paix, de bien-être. Dès qu’il commence à ressentir les prémices d’une angoisse, il lui suffit de penser à cette image et immédiatement une paix, une réassurance apparaît. Le bien-être revient et s‘installe durablement.

J’ai reçu récemment une jeune fille, Évelyne B. de 22 ans qui à l’âge de 8 ans, avait été atteinte d’une tumeur cérébrale au niveau de l’hypophyse. Elle en est guérie avec des séquelles et des traitements nécessaires pour remplacer l’hypophyse absente. Elle doit prendre des hormones de croissance et continue aujourd’hui à prendre des médicaments pour pallier ses déficits hormonaux. Elle a subi un retard dans son développement psychique et physique et donc des liens sociaux en marge du système éducatif classique.

Les parents, se souciant de son comportement, rencontrèrent des psychologues qui, tous, les rassuraient en leur disant : « votre enfant est tout à fait normal ».

Effectivement, Évelyne B. était intellectuellement et culturellement une personne normale, mais toujours avec un léger décalage : elle paraissait avoir 15 ans !

Sous hypnose, grâce à un rêve éveillé (technique d’hypnose onirique) nous avons pu débloquer la perception qu’elle a de son environnement.

Voilà comment :

Sous hypnose, je la conduis par suggestion dans une demeure que je lui dis être « sécurisante », un endroit tranquille, où elle se sentira bien, en sécurité.

En premier temps, elle me décrit son environnement : un salon d’une maison, elle est assise dans un canapé, elle lit, la télévision est allumée, des clips musicaux se succèdent. Elle se sent bien, en toute quiétude.

Je lui indique qu’il y a une porte quelque part. Elle la trouve : je le l’invite à sortir.

– La suggestion directe est « de sortir », mais elle implique indirectement de se mettre (peut-être) dans une situation d’insécurité…

Que voit-elle ? De la neige ! (Alors que je la reçois en fin de printemps, que la nature est bien éveillée, riche en couleurs et odeurs).Tout le paysage est recouvert de neige.

Ici, on pourrait peut être percevoir le ressenti du retard dans le développement : la nature n’est pas encore éveillée.

Voyons comment elle réagit dans cet environnement. Je lui demande de marcher, d’avancer et de me dire ce qu’elle voit.

Elle s’exécute (donc, elle n’a pas, a priori, d’angoisse particulière dans la vie de tous les jours – cela arrive, chez de forts anxieux, que la personne refuse de sortir, d’ouvrir la porte ;  ou de l’ouvrir sur du vide, du néant, dans le noir)

Que voit-elle ?

Des animaux : mais ils fuient, me dit-elle !

Ici, nous pouvons penser au rapport avec les autres. Elle est renfermée sur elle-même et les autres la délaissent, dixit les parents.

Je lui demande si elle peut apprivoiser les animaux.

Elle me répond que ce n’est pas possible.

Je lui indique qu’elle peut trouver dans son environnement « quelque chose » qui lui permettra d’apprivoiser les animaux. Je lui demande de chercher.

Elle voit une plante, elle la cueille et immédiatement les animaux viennent vers elle.

Je vois son visage qui sourit, s’illumine… Nous avons fait un grand pas…

Bien sûr, il faut un travail. Il ne faut pas croire qu’il suffit d’aller voir un hypnothérapeute, « s’endormir » 25mn pendant qu’il vous parle, et que dès le réveil : tout est résolu !

Il s’agit d’un travail sur soi, avec l’aide d’une personne qui va vous aider à développer les ressources de bien-être que tout un chacun possède.

Et les souffrances physiques y compris en cancérologie ?  Avez-vous des exemples ?

Quand la souffrance physique est liée à la composante psychique, l’hypnose peut être une aide pour supporter les traitements anticancéreux et peut renforcer l’immunité face au cancer.

Comme le souligne Christophe André (psychiatre et psychothérapeute) dans une entrevue accordée à « l’Essentiel » par Macif (septembre 2018) sur la santé et le bien être :

« Pour la plupart d’entre nous, la santé se conçoit comme l’absence de maladie, de douleurs physiques ou de handicap. Le bien-être est un état plus subjectif, de ressenti émotionnel agréable. En réalité, les deux sont interdépendants, car la santé facilite le bien-être et le bien-être nous protège des maladies en renforçant notre système immunitaire. »

Le champ d’application de l’hypnose est justement la maîtrise du bien-être. Renforçant notre système immunitaire, son action aide l’organisme à combattre la maladie dans sa nature et dans son traitement.

Mais encore une fois, il s’agit d’un travail en soi et pour soi dans la durée.

Quelles différences entre hommes et femmes ?

À la fin des années 1950 le psychiatre américain E. Hilgard et le psychologue canadien A. Weitzenhoffer (laboratoire de recherche sur l’hypnose de l’université de Stanford aux USA), ont mis au point une échelle d’«hypnotisabilité» fondée sur une mesure précise de la réponse individuelle à une liste de suggestions standardisées.

On va d’abord établir que dans la population générale 25 % des individus ont une très forte capacité à être hypnotisés, 50 % l’ont moyennement, et 25 % l’ont très peu.

On peut remarquer que les femmes sont plus suggestibles que les hommes, et que la suggestibilité d’un individu diminue avec l’âge.

Travaillez-vous avec le monde médical ?

Je ne travaille qu’avec le monde médical, c’est-à-dire en complémentarité avec le monde médical.

L’essence même de la santé étant  un état de complet bien-être, toutes thérapies qui soutiennent cette proposition doivent travailler avec le monde médical, puisqu’il y a partage du même objectif : santé et bien-être de la personne.

Et les enfants ?

Dès qu’un individu est capable de se concentrer, les techniques hypnotiques classiques  peuvent être mises en place. Nous pouvons dire qu’à partir d’environ 7 ans, un enfant est capable de travailler l’autohypnose et comprendre la relation du soin.

Pour les plus jeunes, à partir de 3 ans, il est important de travailler à partir d’une situation ludique. Dès que l’enfant est concentré sur son jeu, la mise en place de suggestions directes doit être évaluée. C’est ce que font le SAMU 69 à Lyon et les SAMU de Metz et Lille.

Quelle reconnaissance officielle ?

Tout dépend des pays. Elle est hétérogène.

Bien que la France soit le berceau de l’hypnose (Bernheim à Nancy, Charcot à la Salpétrière) L’hypnothérapie n’est pas encore inscrite au RNCP (Le répertoire national de la certification professionnelle).

La notion de thérapeute reste trop floue en France. Donc la reconnaissance est prudente. Elle est nécessaire, car c’est un plus indispensable qui ne devrait pas tarder.

Existe-t-il des écoles ou des formations pour apprendre l’hypnose ?

Comme l’hypnothérapie n’a pas de reconnaissance officielle, tout un chacun peut créer une école, un centre, un institut de formation (par exemple l’Institut Français d’hypnose et l’Institut Milton Erickson de Lyon).

Il existe même des formations en ligne, par internet… tout un chacun peut aussi en bénéficier dans le cadre personnel.

Toutefois, il existe un diplôme universitaire d’hypnose médicale à la Salpétrière. Ce cursus est réservé aux médecins, chirurgiens dentistes, sages-femmes, internes et étudiants en fin d’études.

Peut-on opérer sous hypnose ?

Le Professeur Marie-Elisabeth Faymonville du CHU de Liège a introduit l’hypnose en anesthésie en 1992. Elle l’a initié principalement pour des opérations de thyroïde et pour des tumorectomies du sein, mais également pour la chirurgie plastique et abdominale.

Il s’agit en fait d’hypnosédation : les techniques hypnotiques sont induites suite à une anesthésie locale. Le patient lâche prise de la réalité (son intervention) pour voyager dans son imaginaire, dans un endroit agréable préalablement choisi.

L’implication du patient est primordiale dans l’hypnosédation.

Ce type d’anesthésie permet de ne pas ressentir les désagréments postopératoires d’une anesthésie générale.

Selon le Professeur Marie-Elisabeth Faymonville : «  un patient sur quatre ressent encore les effets de l’anesthésie générale des semaines après l’opération. Avec l’hypnosédation, la personne est moins stressée et se remet plus rapidement. Elle cicatrise plus facilement et son corps n’a pas à supporter les substances chimiques lourdes utilisées pour l’anesthésie générale. »

C’est aussi un travail de toute l’équipe médicale. L’ambiance au bloc est plus calme et attentive au repos particulier du patient.

Si le patient n’arrive pas à lâcher prise, tout est prévu pour l’anesthésier entièrement.

Ce type d’intervention se développe de plus en plus en France.

Quelles différences entre hypnose et sophrologie ?

L’hypnose est la mère de la sophrologie.

La sophrologie a été créée en 1960 par Alfonso Caycedo, un médecin neuropsychiatre colombien ayant étudié l’hypnose.

La différence notable est celle de l’état proprement dit :

– l’état sophronique est un état de relaxation dont les ondes cérébrales dominantes se situent dans la plage des 8 et 10 Hz (ondes alpha).

– l’état hypnotique varie entre 4 et 7Hz (ondes théta).

Les approches techniques sont aussi différentes quand l’un va se centrer sur la concentration de suggestions insistantes, l’autre va se diriger vers une écoute de son état de relaxation, tout en l’évaluant.

Où peut-on vous retrouver ?

On peut me retrouver sur trois points :

À mon cabinet à Albi (hypnogestion@gmail.com ou 07 69 10 32 40), ponctuellement dans les centres de formation (Institut Saint Simon à Albi, Proformaction à Rodez) ou au hasard d’une conférence…

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Un grand MERCI Pierre pour cet éclairage passionnant sur une technique thérapeutique qui a certainement un grand avenir quand les indications sont bien posées.

C’est le 8 février prochain que se déroulera la journée francophone de l’hypnose à Metz, où participeront les équipes et les spécialistes de cette belle technique médicale qui ouvre des perspectives de bien-être à découvrir.

Belle semaine à vous tous

Pr Henri Joyeux

  1. Léon Chertock (1911-1991) : psychiatre français connu pour ses travaux sur l’hypnose et la médecine psychosomatique.
  2. Milton Erickson (1901-1980) un psychiatre et psychologue américain.
  3. Alfonso Caycedo (1932-2017)
By | 2019-01-29T18:05:54+00:00 janvier 27th, 2019|Cancers, Lettres, Maladies Neurologiques|0 Comments

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