Ce que nous dit réellement la science

Chers parents et grands-parents,

Pendant le temps de Noël et des fêtes, le cacao et le chocolat reprennent naturellement une place particulière dans nos foyers. Ils accompagnent les moments de partage, les traditions familiales, les goûters d’hiver et parfois les petits plaisirs du soir. Cette période invite aussi, plus que jamais, à s’interroger sur le sens de ce que nous offrons à nos enfants : non seulement en termes de joie et de convivialité, mais aussi de santé.

C’est dans cet esprit que je souhaite aujourd’hui vous partager les enseignements d’une méta-analyse rigoureuse de plusieurs études scientifiques, publiée dans la revue internationale Nutrients, qui s’est penchée sur une question encore peu connue du grand public :
quel est l’effet du cacao et de ses dérivés sur le fonctionnement du cerveau chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes ?

Cette revue apporte un éclairage précieux, loin des discours marketing ou des idées reçues, et nous invite à regarder le cacao autrement : comme un aliment complexe, porteur de composés bioactifs susceptibles de soutenir certaines fonctions cérébrales, passionnant.

Avant de parler de cacao : un mot essentiel sur les polyphénols

Pour comprendre les effets du cacao sur le cerveau, il faut d’abord introduire une grande famille de composés naturels : les polyphénols.

Les polyphénols sont des substances bioactives présentes dans de nombreux aliments d’origine végétale : fruits, légumes, huile d’olive, vin de qualité, thé, café, certaines épices… et cacao. Ils jouent un rôle important dans la protection des cellules, la régulation de l’inflammation et le bon fonctionnement des vaisseaux sanguins.

Depuis plusieurs années, les neurosciences nutritionnelles s’y intéressent de près, car certains polyphénols :

  • – améliorent la circulation cérébraleexcellent pour la mémoire, les pensées positives
  • – interagissent avec des voies biologiques impliquées dans la mémoire et l’apprentissage,
  • – et, pour certains, peuvent agir sur le cerveau directement ou via l’axe intestin cerveau – par leurs effets sur le microbiote digestif et tous les autres microbiotes qui en dépendent.

Le cacao se distingue tout particulièrement, car il fait partie des sources alimentaires les plus riches en polyphénols.

Les flavanols : les polyphénols clés du cacao

Parmi les polyphénols du cacao, la revue Nutrients s’intéresse plus spécifiquement à une sous-famille : les flavanols.

Les principaux flavanols du cacao sont :

  • – l’épicatéchine,
  • – la catéchine,
  • – et certains procyanidines.

Ce sont ces molécules — et non le sucre ou le plaisir gustatif — qui sont au cœur des études analysées. Autrement dit, les effets observés sont liés à la qualité biochimique du cacao, et non au chocolat tel qu’il est le plus souvent consommé sous forme très et beaucoup trop sucrée surtout si on y ajoute du lait. Mieux du bon miel.

Une revue scientifique sérieuse, centrée sur les jeunes

Les auteurs ont analysé 11 études cliniques randomisées, menées chez des enfants, des adolescents et des jeunes adultes (âge moyen ≤ 25 ans), représentant au total 366 participants.

C’est un point essentiel : la majorité des recherches sur la cognition concernent des personnes âgées ou fragilisées. Ici, il s’agit d’une population jeune, en bonne santé, à un âge où le cerveau est encore hautement plastique, c’est-à-dire particulièrement réceptif à son environnement biologique.

Les chercheurs distinguent :

  • – des effets aigus, observés dans les heures suivant la consommation,
  • – et des effets chroniques, observés après plusieurs jours ou semaines de consommation régulière.

Bien évidemment toutes les conclusions sont applicables aux personnes âgées.

Ce que montrent les études à court terme

Après une consommation ponctuelle de cacao riche en flavanols, plusieurs études montrent :

  • – une amélioration transitoire de certaines fonctions cognitives, notamment :
    • • l’attention,
    • • la vitesse de traitement de l’information,
    • • certaines composantes des fonctions exécutives, comme la flexibilité mentale ;
  • – une augmentation du flux sanguin cérébralou de l’oxygénation du cerveau.

Concrètement, le cerveau est alors mieux irrigué, mieux approvisionné en oxygène et  dans les 8 molécules présentes dans le cacao  glucose, ce qui favorise son efficacité temporaire.

Ces effets apparaissent surtout :

  • – lors de tâches cognitives exigeantes, bien se réveiller
  • – en situation de fatigue mentale,bien s’endormir
  • – ou dans des contextes de stress modéré (privation de sommeil, effort intellectuel prolongé).

Le cacao ne “surstimule” pas le cerveau : il l’aide à fonctionner plus efficacement lorsqu’il est sollicité.

Mémoire, apprentissage et concentration

La revue met également en évidence des effets sur la mémoire, en particulier :

  • – la mémoire de travail,
  • – la mémoire verbale épisodique, impliquée dans l’apprentissage et le rappel d’informations.Essentielle pour les personnes âgées qui cherchent leurs mots ou leurs souvenirs.

Ces effets sont surtout visibles lorsque les ressources cognitives sont mises à l’épreuve, ce qui suggère que les flavanols soutiennent la stabilité des performances plus qu’ils n’en créent de nouvelles.

Des effets plus profonds avec une consommation régulière : absolument nécessaire à tous les âges de la vie.

Chez les jeunes adultes, une consommation quotidienne de cacao riche en flavanols sur plusieurs semaines est associée à :

  • – une meilleure performance cognitive globale,
  • – une augmentation de facteurs dits neurotrophiques, notamment le NGF (nerve growth factor).

Que signifie “neurotrophique” ?

Les facteurs neurotrophiques sont des protéines qui :

  • – soutiennent la vie des neuronesles entretiennent.
  • – favorisent la qualité des connexions synaptiques,élargissent leur champ de réception.
  • – participent aux mécanismes d’apprentissage et de mémoire. Aident à la répétition  pour ancrer et encrer dans le cerveau des choses essentielles.

 

En termes simples, ils contribuent à entretenir et protéger le tissu cérébralNotre bien le plus précieux, notre cerveau.

Ces résultats suggèrent que le cacao riche en flavanols pourrait soutenir la plasticité cérébrale, et pas uniquement la circulation sanguine.

Un effet neuroprotecteur

La revue inscrit clairement les flavanols du cacao dans un cadre plus large : celui des composés neuroprotecteurs.

Ils peuvent :

  • – limiter certains mécanismes de stress oxydatif, le vieillissement naturel.
  • – moduler l’inflammation de bas grade, souvent d’oirgine alimentaire par mauvaises habitudes
  • – soutenir des voies cellulaires impliquées dans la longévité neuronale.

Chez les jeunes, l’enjeu n’est pas de réparer, mais de préserver un capital cérébral dans un environnement parfois exigeant et de l’entretenir.

Quels cacaos sont réellement riches en flavanols ?

Tous les chocolats ne se valent pas. Les flavanols sont :

  • – sensibles aux procédés industriels,
  • – fortement diminués par l’alcalinisation,
  • – dilués par l’ajout de sucre et de lait, donc à bannir sauf le miel.

Les formes les plus riches en flavanols sont :

  • – le cacao en poudre non alcalinisé,
  • – le chocolat noir à forte teneur en cacao(≥ 70 %, idéalement 85 %),
  • – les produits mentionnant explicitement une haute teneur en flavanols.

C’est d’ailleurs cette qualité que met souvent en avant le Professeur Henri Joyeux, qui évoque régulièrement sa préférence pour un chocolat noir supérieur à 70 %, y compris le soir, en petite quantité — un choix cohérent avec la richesse en polyphénols et l’absence d’excès de sucre. Cette position s’inscrit dans une réflexion plus large qu’il développe depuis de nombreuses années sur les bienfaits du chocolat noir riche en cacao, en particulier pour le système cardiovasculaire et le cerveau, comme il l’explique dans un lettre sur les bienfaits du chocolat noir accessible au grand public sur son site.
Il en parle également de manière très concrète dans une intervention vidéo, où il rappelle l’importance de la qualité du cacao, de sa richesse en polyphénols et de la modération des quantités, y compris lorsqu’il est consommé le soir.

Pourquoi certains cacaos sont-ils “alcalinisés” ?

Pour des raisons essentiellement industrielles, le cacao est parfois alcalinisé. Les fèves de cacao, la pâte de cacao ou la poudre sont alors traitées avec une solution alcaline, par exemple à base de carbonate de potassium, de carbonate de sodium, ou parfois d’hydroxyde de potassium. Ce procédé vise à adoucir l’amertumefoncer la couleur et améliorer la solubilité du cacao. Ce qui veut dire qu’un chocolat qui n’est pas « bien noir » mais peut-être d’un marron plus clair ou moins uniforme n’est pas forcément moins bon.

Mais cette transformation a un coût nutritionnel important : elle entraîne une perte massive de polyphénols, en particulier de flavanols. Selon les données disponibles, jusqu’à 60 à 90 % des flavanols peuvent être détruits, l’épicatéchine — l’un des composés clés pour la circulation cérébrale et la neuroprotection — étant particulièrement sensible.

En pratique, un cacao alcalinisé peut avoir un goût plus doux et une couleur plus foncée, tout en étant nettement plus pauvre en composés actifs. C’est pourquoi, lorsqu’on s’intéresse à la santé du cerveau, il est préférable de choisir un cacao non alcalinisé ou un chocolat noir supérieur à 70 %, idéalement peu transformé.

Ce que cette étude ne dit pas

Il est essentiel de rester lucides :

  • – le cacao n’est pas un remède,
  • – il ne compense ni le manque de sommeil, ni une alimentation déséquilibrée,
  • – les effets observés sont modestes mais certains, contextuels et dépendants de la qualité du produit.

Il ne doit pas être qu’au petit déjeuner ou au goûter des enfants, mais présent régulièrement à tous les âges selon le Pr Henri Joyeux.

Que retenir pour nos enfants et nos jeunes ?

Cette revue ouvre une perspective intéressante : soutenir le cerveau dès le plus jeune âge, non pour “booster” les performances, mais pour accompagner et préserver la santé cognitive.

Dans un quotidien marqué par la fatigue, le stress scolaire, la surcharge informationnelle et le manque de mouvement, certains aliments bien choisis peuvent jouer un rôle d’appoint intelligent.

Un cacao pur, peu transformé, dilué simplement dans de l’eau chaude — par exemple au petit déjeuner, comme le Professeur, ou avant de dormir, comme je le fais chaque soir — peut s’inscrire dans cette approche globale, sans se substituer aux piliers fondamentaux :

  • – le sommeil,
  • – l’activité physique,
  • – l’équilibre émotionnel,
  • – une alimentation variée et structurée.

En conclusion

À l’approche de Noël et pour toutes les fêtes où la consommation augmente, cette revue scientifique nous rappelle une chose essentielle :
le cerveau des jeunes est un capital précieux, encore malléable, encore réceptif.

Prendre soin de lui ne passe pas par des solutions miracles, mais par une somme de choix simples, cohérents et répétés.
Le cacao, dans sa forme la plus noble et la plus simple, peut faire partie de ces choix — à condition de rester fidèle à la science, et au bon sens.

Avec toute mon attention pour la santé de vos enfants,

Lucie
Familles Santé Prévention

Référence scientifique principale

Martín M. A., Goya L., de Pascual-Teresa S.
Effect of Cocoa and Cocoa Products on Cognitive Performance in Young Adults.
Nutrients, 2020.

Pour aller plus loin:

Livre Comment se soigner avec le chocolat, Professeur Henri Joyeux, Jean-Claude Berton. Une belle idée cadeau pour un passionné de chocolat! 

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