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MOI VOTRE VITAMINE D

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MOI VOTRE VITAMINE D

Vous ne me connaissez vraiment que depuis 100 ans !
Mes réserves de l’Été sont-elles suffisantes pour l’Hiver ?

Une épopée semée de prix Nobel

Tout le monde parle de moi

Je suis devenue tendance. On me propose sous toutes les formes. Pourtant votre corps me fabrique parfaitement mais il a des conditions : les 2/3 de ma présence dans votre organisme sont fabriqués au niveau de la peau grâce au soleil, c’est la vitamine D endogène. Pour l’autre tiers, vous me trouvez facilement dans les aliments, c’est la vitamine D exogène.
Certains disent que la population tout entière serait carencée, donc en hypovitaminose D. Est-ce bien sûr ? Y a-t-il comme certains le pensent un nouveau scandale sanitaire, mais dans quel sens ?
Aujourd’hui, je serais utile partout, pas seulement pour rendre les os plus solides, prévenir le rachitisme, et même pour prévenir les cancers et d’autres maladies. Il est donc normal que tous les cancérologues me connaissent, mais aussi toutes celles et ceux auxquels on me prescrit à raison ou à tort.
On dit même que je suis une pro-hormone, car on a découvert des récepteurs, comme les récepteurs hormonaux qui me sont spécifiques, les VDR (Vitamine D Récepteurs). Chez vous les humains le gène codant le VDR est sur votre chromosome 12.
Les VDR sont des protéines présentes dans le noyau des cellules qui se lient à leur molécule spécifique telle que moi, je le 1,25(OH)2D.
J’ai des récepteurs spécifiques au niveau des entérocytes qui assurent mon passage de l’intestin dans le sang : absorption assurée.
Tout le monde se pose les même questions : que se passe-t-il, dans votre corps, quand je manque ou quand je suis en excès, quels sont les signes de carence ou d’excès que vous pouvez repérer vous-même ?

Il faut donc que je m’explique, afin que vous compreniez qui je suis, à quoi je sers vraiment dans votre corps, comment je fonctionne, et quelles sont les vraies indications de ma prescription.

Pourquoi m’appelle-t-on ”Vitamine” et pourquoi ”D” ?

C’est un biochimiste polonais Kazimierz Funk (1884-1967) qui a proposé dans son livre de 1912, The Vitamins ce mot pour 4 molécules chimiques destinées à prévenir 4 maladies, en leur attribuant les lettres de l’alphabet :
– une maladie du développement : Frederick Gowland Hopkins (1861-1947) avait découvert dans les années 1906-1907 des facteurs alimentaires auxiliaires qui seront nommés plus tard vitamines en particulier la première, la vitamine A dans les aliments gras. Il obtint le prix Nobel de médecine en 1929.
– le béribéri, fatigue profonde, responsable d’insuffisance cardiaque et de troubles neurologiques guéris par la vitamine B1 nommée aussi Thiamine ou Neurine, présente en particulier dans la pellicule de l’enveloppe du riz.
– le scorbut, guéri par la vitamine C d’où son nom chimique, acide ascorbique qui a guéri les marins au long cours qui n’avaient ni citrons ni oranges à leur disposition.
– le rachitisme des enfants (guéri par la vitamine D). L’Ultravitamine 4 ou vitamine D était donc la quatrième. Grâce à moi, en un siècle le rachitisme a disparu.
Le mot vitamine (amine de la vie) a pour origine le mot vita qui signifie la vie et le suffixe amine radical chimique azoté présent dans beaucoup de vitamines.
Moi, la vitamine D, je ne possède pas ce radical.
Je suis très proche et même issue du cholestérol, et n’ai pas de relation avec des molécules azotées sauf comme récepteurs qui me captent pour transmettre mes messages.

Comment m’a-t-on découvert à partir du rachitisme (rickets en anglais) ?

Connu depuis l’antiquité, décrit par des médecins anglais dès 1645-1650, le rachitisme touchait les enfants des classes pauvres. C’est une maladie gravissime qui déforme les os et trouble fortement la croissance,
Dès 1782, un médecin anglais, Dale-Percival, reconnait le pouvoir antirachitique de l’huile de foie de morue (les norvégiens la nommaient lysi qui signifie lumière pour s’éclairer). L’allemand D. Schütte confirmera l’utilité de cette huile en 1824 contre le rachitisme.
En 1826, Pierre Fidèle Bretonneau (1778-1862) de Tours est le premier à attribuer le rachitisme à la vie confinée loin de la lumière et conseille l’huile de foie de morue aux rachitiques.

En 1861, Armand Trousseau (1801-1867), élève du précédent, déclare que le rachitisme est du à un manque d’exposition au soleil des enfants et à une carence alimentaire.

En hiver 1918-1919, le pédiatre de Berlin d’origine polonaise, Kurt Huldschinky (1883-1940) soumet des enfants rachitiques à l’actinothérapie avec de puissantes lampes génératrices de rayons ultraviolets. Comparativement les ultraviolets de l’Héliothérapie naturelle sont plus efficaces que l’huile de foie de morue. Les ultraviolets deviennent des rayons de santé. J’existe donc, mais je ne suis pas encore née officiellement.

En 1921, Edward Mellanby (1884-1955) expérimente sur des chiens et démontre que le rachitisme est du à une carence en vitamine liposoluble, qu’il croit être la vitamine A.

En 1922 Elmer Verner McCollum (1879-1967) découvre que l’huile de foie de morue reste antirachitique même si on détruit toute la vitamine A. Il existe donc un deuxième facteur liposoluble qu’il baptise « vitamine dépositrice de calcium » qui sera la vitamine D. McCollum est nommé par le Time Magazine docteur vitamin.

Je suis liposoluble, issue du cholestérol et il y a plusieurs vitamines D

En 1924-25, plusieurs chercheurs américains mettent en évidence l’existence de la vitamine D, produite au niveau de la peau sous l’action des rayons ultraviolets.
En 1928, le chimiste allemand Adolf Otto Reinhold Windaus (1876-1959) obtient le prix Nobel de chimie ” pour les services rendus par ses recherches à propos de la constitution des stérols et leur lien avec les vitamines”.
On comprend alors que moi la vitamine D, je ne possède pas de radical amine, mais le noyau cholestérol.
En 1932 et 1936, les deux vitamines, celle présente dans l’huile de foie de morue et celle produite sous la peau sont isolées et leur structure provenant du cholestérol bien définie, mais le mécanisme de leur action ne sera compris que trente ans plus tard.
En 1952, Robert Burn Woodward (1917-1979) réalise la première synthèse de la vitamine D3, il sera prix Nobel de chimie en 1965.
En 1960, Roald Norman né en 1937 en Pologne, découvre par la stéréochimie (arrangement spatial de molécules), les 3 métabolites de la vitamine D, dont le calcitriol en 1978 et aura le prix Nobel de chimie en 1981. Mais le taux du calcitriol dans le sang n’est pas le bon reflet de mon statut en votre corps.
En 1968 Hector F. De Luca né en 1930 aux USA, isole une substance active dans le sang la 25 0H vitamine D produite par le foie à partir de la vitamine D, considérée comme indicateur dans le sang du statut vitaminique D de l’individu.
Dans les années 1980 sont découverts dans les cellules de nombreux organes le récepteur spécialisé pour me recevoir, le VDR, Vitamine D Récepteur qui est une protéine que l’on a su synthétiser dans les années 2010.
Chez l’homme le gène codant le VDR est sur le chromosome 12.
Ainsi j’agirais sur près de 500 gènes, j’aurais des fonctions extra-osseuses en particulier pour maintenir le système immunitaire, agissant sur les globules blancs, des cellules pancréatiques, ce qui a même permis de penser que je jouerai un rôle dans le diabète.

Mes différentes formes chimiques dépendent de mes sources : j’ai surtout besoin de soleil et de cholestérol

Les vitamines liposolubles (solubles dans les graisses) peuvent être stockées dans l’organisme à la différence des vitamines hydrosolubles (solubles dans l’eau) qui en excès sont éliminées directement dans les urines.
La Vitamine D1 ou pré-Vitamine D est ma forme de réserve sous votre peau produite par photosynthèse.
Je suis aussi présente dans les muscles, le foie et le tissu gras de votre corps, selon la localisation des récepteurs spécifiques. C’est le soleil au niveau de la peau qui me donne une activité biologique.
Je suis donc fabriquée à partir d’un dérivé du cholestérol sous l’action des rayons UVB du soleil. Ainsi 90% de vos besoins sont couverts par l’exposition au soleil : deux à trois fois par semaine, 30 minutes chaque fois sur visage et bras dénudés.
Cependant cette vitamine D fabriquée par la peau n’est pas immédiatement active. Son stockage se fait surtout pendant l’été, (dans le foie, les muscles, le tissu gras) réserve pour l’hiver.
Une exposition l’été au soleil en maillot permet d’obtenir une dose érythémale minimale (MED), qui donne une légère coloration rosée de la peau (pas de coup de soleil), on produit alors autant de vitamine D que si on consommait par voie digestive 10 000 à 25 000 Unités internationales de vitamine D2.
La Vitamine D2 est l’ergocalciférol ou ergostérol trouvée dans un champignon, l’ergot de seigle, et appartient donc aux végétaux. C’est la plus prescrite aux USA car elle serait la plus biodisponible.
La Vitamine D3 est le cholécalciférol ou calciférol que votre corps fabrique, isolée aussi à partir de l’huile de poissons, donc d’origine animale. Cette forme issue des aliments n’est pas immédiatement active. C’est la forme dosée facilement dans le sang qui donne pour une personne le statut en vitamine D.

La seule forme active de la Vitamine D est le calcitriol
avec pour formule chimique le 1 alpha,25(OH) 2 D

Pour une seule forme active, j’ai besoin d’avoir l’intestin, le foie et les reins qui fonctionnent bien

En effet pour être active, moi la vitamine D, d’où que je provienne, je dois être transformée en 1,25 di-hydroxy-vitamine D ou calcitriol, après passage dans le foie puis dans les reins.

Voici ce que je fais sous la peau où je peux fabriquer jusqu’à 90% de vos besoins grâce au soleil.

La plupart des cellules du corps, celles de la peau en particulier contiennent du cholestérol ou son précurseur, surtout celui fabriqué par le foie et les cellules intestinales.
Le 7-déhydrocholestérol présent dans les cellules profondes de la peau est le précurseur immédiat du cholestérol.

Exposé aux rayons ultraviolets B d’une longueur d’onde allant de 290 à 310 nm qui atteignent les couches les plus profondes de l’épiderme, – au dessous de la zone où a lieu la synthèse de la mélanine, pigment protecteur contre les UV du soleil -, le 7-déhydrocholestérol est transformé par les rayons UVB en pré-vitamine D3 puis en vitamine D3 dite «native» (cholécalciférol).

Ce dernier passant par le foie puis par les reins, deviendra ma forme active, le calcitriol.

ATTENTION à l’excès de crème solaire qui gênant le passage du soleil m’empêche au niveau de la peau de fabriquer la vitamine D dont vous avez besoin.

Voici ce que je deviens, quand vous me consommez par voie digestive 

-je passe la barrière intestinale au début de l’intestin grêle en présence des sels biliaires présents dans la bile libérée par le foie.
Je suis alors le premier métabolite actif de la vitamine D, le calcifédiol avant le cycle hépatique et donc tout de suite actif au niveau de l’intestin pour augmenter l’absorption du calcium et des phosphates. Comme la 25-OH-D3 est moins liposoluble que la vitamine D3, elle se stocke moins dans les graisses que celle-ci et est plus rapidement transformée au niveau rénal en 125(OH)2D3.
– je suis dirigée vers la lente circulation lymphatique pour rejoindre la circulation sanguine, véhiculée par une protéine qui me protège de l’oxydation ;

– arrivée au foie, je subis une première hydroxylation, (j’attrape un radical OH) deviens 25 OH D3.
– finalement je me dirige vers les reins pour subir une deuxième hydroxylation (2ème radical OH) devenant ainsi la vitamine D3 qui est ma forme active, le calcitriol.

Certaines cellules des poumons, de la prostate, des seins, des ganglions lymphatiques, du colon, du pancréas et même du cerveau, des surrénales, des ovaires et des lymphocytes B et T, de la paroi de l’aorte.., possèdent le récepteur qui me correspond le VDR.
Ainsi elles ont la capacité de synthétiser le calcitriol à partir de ma forme circulante d’autant plus que la concentration plasmatique est insuffisante.
C’est dire toutes les fonctions que je puis exercer. Enfin vous commencez à les connaître !
Ainsi le calcitriol, comme la ParaTHormone, augmente la présence de calcium Ca++ dans le sang, car :
– il libère le calcium des os dans le sang ;
– il favorise l’absorption digestive du calcium (et indirectement de phosphore) ;
– il limite les pertes de calcium par les reins dans les urines.
Votre corps utilise 5000 UI de ma vitamine D3 par jour, et pour maintenir mon taux de calcifédiol supérieur à 30 ng/mL, vous devez consommer 1000 UI de vitamine D3 par jour.

Voulez–vous connaître mes taux de vitamine D dans votre corps ?

Ma demi-vie (durée où il ne reste que la moitié de moi) sous forme de vitamine D stockée dans l’organisme est de 4 à 6 mois.
La demi-vie de mes métabolites hydroxylés (avec les radicaux OH) est de 7 à 14 jours et seulement 4 à 5 heures pour le calcitriol très actif.
La forme de vitamine D mesurée dans le sang par les laboratoires, en routine est :

la 25 OH vitamine D ou calcifédiol.

Ce dosage est remboursé par la Sécurité Sociale s’il est prescrit par un médecin dans des cas précis.

Les doses sont exprimées de 4 façons :
– les Unités Internationales : UI
ou
– les microgrammes : μg/L : 1microgramme de vitamine D = 40 UI
ou
– les nanomoles : nmol/L

– les nanogrammes : ng/ml

L’équivalence est la suivante : 1 UI = 0,025 μg de calciférol ou encore 1 μg = 40 UI.

On passe des ng/mL aux nmol/L en multipliant les premières par 2,5.

Les taux normaux sont entre 30-100 ng/ml ou 75 et 250 nmol/L.
La limite toxique à ne pas dépasser serait supérieure à 250 nmol/L soit 100 ng /L

Evidemment je ne vous ai pas tout dit, loin de là, sur mes nombreuses activités. Deux autres lettres suivront.
Auparavant, la synthèse de mes activités sera exprimée dans notre prochain webinaire le jeudi 19 décembre de 21h à 22h30 sur le thème très concret : « Les compléments en vitamine D sont-ils utiles cet hiver ? »

A très bientôt donc pour répondre à toutes vos questions.
Pr Henri Joyeux et Jean Joyeux, nutritionniste.

1 – Histoire de la vitamine D, une centenaire à laquelle on prête peut-être davantage qu’elle ne peut tenir.
– The history of Vitamin D, a hundred-year-old hormone looming less large than initially and transiently expected – J.L.Schlienger et L. Monnier – Médecine et maladies métaboliques – Elsevier vol 13, issue 4, juin 2019 – https://doi.org/10.1016/S1957-2557(19)30106-3

2 – Statut vitaminique, rôle extra osseux et besoins quotidiens en vitamine D – Rapport, conclusions et recommandations – Académie de Médecine – février 2012

3 – Sur le chromosome 5, existe le gène d’une protéine complexe, l’Hydroxy-Méthyl-Glutaryl-CoA réductase, une enzyme particulière (HMG-CoA réductase = HMGCR qui produit les précurseurs du cholestérol. C’est évidemment en thérapeutique anti-cholestérol, la cible des statines.

La Lettre du Professeur Joyeux est un service d’information santé indépendant et gratuit, spécialisé dans la prévention des maladies auprès du grand public et des familles.

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« Les compléments en vitamine D sont-ils utiles cet hiver ? »

Le Jeudi 19 Décembre à 21h00

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